Billund – Mer du Nord

29 juin matin. On peine à partir du camping (un vrai, avec plein de jolies caravanes), où on a rechargé les batteries, réglé des histoires de courrier, préparé la route à venir et profité de la piscine et de la connexion Internet. Lever tardif (les tentes sont à l’ombre), douche de Lila, vaisselle, préparation habituelle des affaires… Quand on est enfin prêts, après quelques tours de roue, Anne se rend compte que son pneu est à plat. C’est une punaise, bien plantée au milieu du pneu. Verdict : deux doubles crevaisons, soit 4 trous d’un coup. Qui dit mieux ? Le reste des rustines y passe et on finit par décoller en début d’après-midi après avoir pique-niqué sur place. Il fait chaud (26°C à l’ombre annoncés) mais le vent du sud s’est levé et nous pousse. Pas sûr quand même qu’on arrive au bout des 40 km prévus. Sur la route, par endroits, une multitude de petites bulles de goudron, chauffées par le soleil, éclate sous nos pneus en un joli crépitement.

Finalement, on les fait, les 40 km, courses rapides et pause « école » comprises ! Lila raconte plein d’histoires à Anne et, du coup, pédale hardi petit. Léo et moi suivons comme on peut. Déception à l’arrivée, la teltplads visée n’existe plus depuis plusieurs années. Nous nous posons finalement à proximité, dans un parking herbu au pied d’une petite colline, du haut de laquelle on domine le paysage. La colline est couverte de myrtilles. Les enfants s’en régalent et en ramassent un petit sac. Pendant qu’on attaque les pâtes-sauce tomate, un groupe d’une petite dizaine de Danois arrivent en vélo sur le parking et s’installent joyeusement à la table voisine. Ils viennent prendre le café ensemble et nous précisent qu’ils ne restent pas longtemps. Ni les medges bien présentes ce soir-là, ni les quelques gouttes de pluie qui commencent à tomber ne semblent les gêner. Léo et Lila leur proposent des myrtilles, on reçoit du melon en retour. Ils replient et repartent comme ils sont venus, tout aussi joyeusement.

30 juin. Matin bruineux, les nuages d’ouest filent vite. Petit déjeuner à deux, les enfants dorment encore. Un monsieur venu avec son chien d’une maison voisine nous indique que la colline, qui s’appelle Daugbjerg Dås, est un reste de moraine de la période glaciaire. Une légende locale veut qu’elle se soulève parfois, et qu’en sortent des femmes belles au chant envoûtant. Les hommes qui se laissent attirer finissent engloutis par la colline. Aujourd’hui, en fait de belles femmes, ce sont surtout des moutons qu’on voit sur la colline. Ils se mettent tout à coup à bêler et se précipitent vers l’abreuvoir à l’entrée du champ. La voiture de l’éleveur, dont ils ont reconnu le bruit de très loin, s’y arrête bientôt, entourée des moutons. Lila ira voir les moutons se faire soigner, mais reviendra dépitée, faute d’avoir compris ce qu’on lui avait dit et d’avoir pu elle-même se faire comprendre. Dur, l’obstacle de la langue.

1er juillet. Le matin, nous suivons une ancienne voie ferrée, bien confortable. L’après-midi, traversée de Mors selon l’ancien tracé de la piste n°2, pas terrible : relief peu marqué, beaucoup de cultures, de bâtiments d’élevage intensif, de voitures… (NDA : c’était un petit message du troll !).

2 juillet.

Dernier soir avant Hanstholm, nous partageons la place de bivouac avec des Français qui nous offrent l’apéro, ils viennent juste d’arriver en camionnette et ont encore des produits français, dont de l’excellent comté. Sourire ravi de Lila qui dit « c’est du vrai saucisson ? ». Il faut dire que la dernière fois que nous en avons acheté, un peu à l’aveuglette, il avait un goût prononcé de clou de girofle, sympa quand tu as mal aux dents mais sinon pas top, te laissant une vague impression d’un passage chez le dentiste.

Ce matin je me faisais la réflexion qu’au bout de 3 semaines je m’étais dit, pas la peine de partir 5 mois, j’ai l’impression d’avoir fait une coupure de plusieurs mois. Au bout de 2 mois, je me disais 5 mois ça va être long ; les amis me manquent et surtout le quotidien. Pas mon lit ni le confort matériel, mais celui de savoir tous les jours où je vais dormir et à peu près ce que je vais faire de ma journée, le quotidien quoi. Aujourd’hui, je me dis qu’une longue coupure c’est très bien. Maintenant, je suis toujours pressée de retrouver tout le monde, mais l’inconfort que je ressentais il y a quelques semaines et qui me gâchait un peu la vie a disparu. Peut être que demain il pleut et ce n’est pas grave on mettra les KWays et si on ne trouve pas de coin pour dormir on dormira sur un parking, c’est super agréable de ne plus se poser 10000 questions et de vivre le moment présent réellement et pas en se forçant juste parce qu’on sait au fond de nous que c’est ce qui est mieux. Seul point noir (quand même, faut pas pousser, je reste moi même), la cigarette… on n’en trouve plus sur le bord de la route dans des paquets abandonnés et je m’en fumerais bien une, même deux pourquoi pas !

3 juillet. Bon, plus jamais vous ne lirez « demain il pleut et ce n’est pas grave » dans ce que j’écris : on vient de se prendre, ce soir, un méga orage et notre tente (bêtement installée dans un creux) flotte maintenant sur un matelas d’eau (sous le tapis de sol), c’est marrant (ça fait flop flop sous la main sans qu’elle soit mouillée) mais pas très sec, on remonte la tente quelques mètres plus haut…

Lila avance de mieux en mieux, il faut dire qu’elle est de plus en plus à l’aise sur son vélo et réussit à s’accrocher aux sacoches de son père l’air de rien !

Nous sommes à Hanstholm pour prendre le bateau vers la Norvège. Euh, y a pas de bateau, la ligne est supprimée depuis un an – la crise, nous dit-on. Tant pis, on continue vers Hirtshals, c’est à environ 3 jours de route. Par contre, on va appuyer sur la pédale pour pouvoir prendre le bateau de mardi, sinon il faut attendre jeudi. Nous avons enfin réussi à recevoir un colis (au camping de Hanstholm), les enfants sont ravis de lire de nouveaux bouquins en mangeant des caramels au beurre salé et nous, nous allons enfin pouvoir dire autre chose que Tak (merci) en Danois.

4 juillet, pour appuyer, on appuie : 75 km au compteur dont une bonne partie sur piste gravillonnée, et arrivée dans un lieu de bivouac top, top, top. Cabanes, eau et même roulotte permettant de se mettre à l’abri des medges. Plus on va vers le nord, plus elles sont présentes et insistantes (en regardant les jambes de Pascal, on pourrait croire qu’il vient d’avoir la varicelle. Pour moi c’est plus facile cela fait un gros bouton tout de suite, mais comme je suis raisonnable et que je ne gratte pas le lendemain plus rien, gnagnagna.)

5 juillet, nous longeons la côte, c’est joli et en même temps très touristique – il y a un peu trop de maisons de vacances posées un peu partout dans les dunes. La route est inégale, beaucoup de chemins, les enfants enragent : ça fait baisser notre moyenne ! La route nous fait passer sur une quinzaine de kilomètres sur la plage. En fait, les gens y viennent en voiture, la posent au milieu, et s’en servent d’abri contre le vent – comme ça pas de problème de parking, par contre je me demande ce que ça donne en pleine saison et où est le plaisir de bronzer entre deux voitures. Pour nous en tous les cas c’est sympa, vent de dos, bruit de la mer et les traces des voitures permettent de ne pas trop s’enliser.

Au bord de la route, particulièrement depuis qu’on est entré au Danemark, on trouve beaucoup de petits étals en libre-service, avec une boîte pour y laisser l’argent. D’une fois sur l’autre on peut y acheter des fraises, des pommes de terre nouvelles, des sacs de bois, de la confiture, voire des bonnets et chaussettes tricotés maisons.

Demain nous arrivons au port, j’espère qu’il restera de la place dans le bateau et surtout une cabine : départ 15h et arrivée 10h30 le lendemain.

6 juillet. On est dans le bateau (il était plein pour les voitures mais avec les vélos pas de souci) et nous voguons vers Bergen. Lila a trouvé le grand écran avec les Pixar qui passent sans discontinuer et Léo après un épisode de visage vert (ça tangue sec et nous avions une cabine ou le précédent occupant s’était un peu lâché sur la moquette !) va mieux et visite le bateau. Nous avons croisé un français qui connaît déjà un peu la Norvège et a potassé le guide du Routard. Il nous conseille de rester aux alentours de Bergen et prendre le temps de visiter plutôt que faire beaucoup de route et ne pas en voir davantage. Nous ne resterons finalement qu’une dizaine de jours en Norvège. Puis, plutôt que rentrer directement en train ou avion, nous repasserons au Danemark pour Esbjerg sur la côte ouest, afin de prendre un ferry vers Harwich (Grande Bretagne). Ensuite, Portsmouth à nouveau en vélo, traversée en ferry vers Saint-Malo, et là la maison ne sera plus bien loin.

Les photos sur Picasa

3 Réponses to “Billund – Mer du Nord”

  1. annick Says:

    bonsoir la petite famille, à mon retour de boulot journée un peu pénible je décide de regarder vos aventures et là que vois je ? vous avez écrit. Un moment hyper agréable à vous lire et à visionner vos photos toutes aussi superbes les unes que les autres. c’est vraiment une bouffée d’air frais de vous lire dans cette chaleur torride (plus de 38°C à Limoges)
    bon je vous laisse en espérant vous retrouver trés vite.
    Bisous à vous 4 de nous 3 !!!!

  2. Denise HUBERT Says:

    Bonjour à vous quatre. Quelle belle et bonne surprise de recevoir une jolie carte postale de Norvège ou vous etes actuellement. Merci de tout coeur de cette bovosuffée d’air frais. J’ ai grand plaisir à suivre le récit de vos déplacements sur votre blog, et à regarder les superbes photos qui font rever. Que de merveilleux souvenirs. Je pense bien à vous et vous souhaite de poursuivre votre voyage dans de bonnes conditions. A bientot le plaisir de vous revoir et d’avoir de vive voix vos impressions. Bravo pour ce que vous faites . Très affectueusement. Bisous a vous 4. DENISE

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